L'Enseignement primaire en Corrèze après la loi Falloux de 1850.

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I-                                                 Loi Falloux du 15 mars 1850,

relative à l’enseignement

Chapitre III : des écoles et de l'inspection

Section première : des écoles

Article 17 : La loi reconnaît deux espèces d'écoles primaires ou secondaires :

. 1 les écoles fondées ou entretenues par les communes, les départements ou l'État, et qui prennent le nom d'écoles publiques ;

. 2 les écoles fondées et entretenues par des particuliers ou des associations, et qui prennent le nom d'écoles libres. [...]

Section 2 : de l'inspection


Article 18 : L'inspection des établissements d'instruction publique ou libre est exercée :

. 1 par les inspecteurs généraux et supérieurs ;

. 2 par les recteurs et les inspecteurs d'Académie ;

. 3 par les inspecteurs primaires ;

. 4 par les délégués cantonaux, le maire et le curé, le pasteur ou le délégué du consistoire israélite en ce qui concerne l’enseignement primaire. [...]


Article 21 : L'inspection des écoles publiques s'exerce conformément aux règlements délibérés par le Conseil supérieur. Celle des écoles libres porte sur la moralité, l'hygiène et la salubrité. Elle ne peut porter sur l'enseignement que pour vérifier s'il n'est pas contraire à la morale, à la Constitution et aux lois.

La loi  Falloux (l'intégralité de la loi)
(Attention: après la lecture de la loi, vous ne revenez pas sur cette page )




II -                             Rapport général sur l’état de l’instruction primaire 

dans les écoles de filles

de l’arrondissement de Tulle

pendant l’année scolaire 1853 – 1854



Fréquentation des écoles

[...] Le nombre des filles de 6 à 13 ans est de 10 220. Le nombre de celles qui ne reçoivent pas d’instruction est de 6 498. De même que les écoles de garçons et les écoles mixtes, les écoles de filles ont été fréquentées par des élèves de 14 et même de 15 ans. [...]


Maisons d’écoles

[...] 21 écoles publiques de filles sont placées dans des maisons louées, 10 sont suffisantes et les autres ne sont pas convenables. Deux institutrices publiques seulement reçoivent une indemnité de logement. Comme les émoluments dont jouissent les 19 institutrices qui ne sont ni logées ni indemnisées pour se loger sont minimes, elles ne peuvent guère se procurer un local convenable. Aussi n’est-il pas rare que la même pièce serve pour la tenue de la classe et le logement de l’institutrice. [...]

Personnel enseignant

Cinq écoles publiques de filles de l’arrondissement de Tulle sont dirigées par des institutrices congréganistes et 21 par des institutrices laïques. [...]

Les institutrices ne manquent pas de zèle et apportent de l’exactitude dans l’accomplissement de leur devoir. [...]

Sous le rapport de la capacité, les institutrices publiques et libres sont généralement inférieures aux instituteurs. Les matières qui leur sont les moins familières sont la grammaire, le calcul et le système métrique. [...]

La position des institutrices publiques est digne d’intérêt. En moyenne, leur traitement s’élève à 393 F, le minimum de leurs émoluments est de 155 F et le maximum de 560 F. Ceci ne s’applique qu’à celles qui dirigent des écoles rurales. Le revenu des écoles placées dans des villes est un peu plus élevé. [...]


Méthodes et procédés d’enseignement

Toutes les écoles publiques et libres de filles sont dirigées d’après le procédé simultané*. La classe commence et se termine par la prière. Les institutrices apportent à cet acte le plus important qui se passe à l’école, tout le recueillement désirable. [...]

Dans 13 écoles publiques de filles, le niveau des études dépasse celui des matières obligatoires. Les matières facultatives qui y sont enseignées sont la géographie et l’histoire de France. Borné à une simple récitation, cet enseignement n’est guère qu’un exercice de mémoire. Il est généralement donné au détriment des matières obligatoires, qui certainement seraient mieux sues si elles étaient seules enseignées. [...]

L’enseignement moral et religieux est donné avec soin dans les écoles publiques et libres de filles de l’arrondissement de Tulle. [...]

Les institutrices publiques et libres s’efforcent d’inculquer à leurs élèves les principes religieux qui sont la base de toute bonne éducation. [...]

Toutes les élèves des écoles publiques et libres de filles de l’arrondissement de Tulle sont exercées aux travaux manuels qui conviennent à leur sexe. Les exercices consistent surtout en ouvrages de couture manuelle et dans le tricot. [...]


Des livres employés dans les écoles de filles

La plus grande partie des livres employés dans les écoles de filles sont approuvés. Presque tous les ouvrages que les institutrices mettent entre les mains de leurs élèves pour les exercices de lecture traitent de la religion. [...]

Ce n’est que dans un très petit nombre d’écoles de filles que les élèves ont entre les mains un ouvrage pour l’étude du calcul et du système légal des poids et mesures.

Des mobiliers de classe

Parmi les mobiliers de classe à l’usage des écoles de filles, 24 appartiennent aux communes et 2 seulement aux institutrices. 7 écoles publiques de filles sont pourvues d’un matériel de classe suffisant et dans 19 écoles, le mobilier est incomplet. Si le matériel de classe dans les écoles publiques de filles laisse plus à désirer que dans les écoles publiques de garçons c’est que jusqu’à présent les fonds alloués par le département ou par l’état ont presque exclusivement été consacrés à meubler les écoles de garçons.

Conclusion

En résumé, le nombre des écoles spéciales pour les filles est encore très restreint dans l’arrondissement de Tulle. Le nombre des enfants qui ne fréquentent point les écoles est très considérable. Cela vient ou de ce qu’il n’y a point dans les communes une école spéciale pour chaque sexe, ou de l’indifférence des parents ou bien de ce qu’aucune mesure n’a été prise pour l’admission gratuite des filles pauvres dans les écoles. [...]


* enseignement simultané : consiste à répartir les enfants par niveau de connaissance et à assurer à chaque niveau le même enseignement

enseignement individuel : consiste à s’occuper de chaque enfant à son tour et à le faire travailler. Dans ces conditions, dès que la classe prend quelque importance, les élèves perdent un temps considérable.

enseignement mutuel : Le maître instruit des élèves (les moniteurs) plus doués ou plus avancés que les autres et qui, sous sa surveillance et sa direction vont ensuite transmettre les connaissances acquises à leurs camarades regroupés par degrés.


Sources : Archives départementales


    III-

Rapport général sur l’état de l’instruction primaire

dans les écoles de garçons et les écoles mixtes

de l’arrondissement de Tulle

pendant l’année scolaire 1853 – 1854


daté du 12 février 1855


[...] L’arrondissement de Tulle se compose de 118 communes. Il compte 128 écoles publiques dont 49 sont spéciales aux garçons et 79 sont mixtes. [...] Une seule commune, de peu d’importance du reste, n’a pas d’école.

[...] 6 126 garçons de 6 à 13 ans ne participent point aux bienfaits de l’instruction. Il convient d’indiquer les causes qui s’opposent à la propagation de l’instruction primaire dans l’arrondissement de Tulle. Des obstacles de plusieurs sortes tiennent un nombre très considérable d’enfants éloignés des écoles : les uns tiennent à des causes physiques et ils sont par cela même plus difficiles à surmonter, les autres qui ne sont pour ainsi dire que la conséquence des premières ont leur source dans des habitudes fortement enracinées. Des gorges profondes, un sol en partie couvert de bruyères, au milieu desquelles se trouvent des parties cultivées et fertiles, une population éparse sur une grande surface, tel est l’aspect que présente l’arrondissement de Tulle. L’éloignement de plusieurs villages de l’école, la difficulté du parcours augmentée encore par le mauvais état des chemins, le taux un peu élevé de la rétribution scolaire, l’indifférence de plusieurs habitants pour l’instruction, voilà les principales causes qui empêchent un nombre considérable d’enfants de recevoir l’instruction primaire.

Les maisons d’école

[...] 109 écoles publiques de garçons et mixtes sont placées dans des bâtiments en location, dont 3 seulement sont affermés par les communes, les 106 autres sont loués par les instituteurs. 47 maisons louées sont suffisantes et 62 ne sont que convenables. [...] Le plus souvent, les salles de classe n’ont pas été appropriées à leur destination. Aussi, les unes sont-elles ou trop basses, ou trop petites, d’autres ne sont ni suffisamment aérées, ni convenablement éclairées, quelques-unes sont malsaines. Ces abus ne tarderont pas à disparaître, grâce à la sollicitude éclairée de M. le Préfet. Ce magistrat vient de décider que désormais les instituteurs ne recevront plus d’indemnité de logement, mais que les maires passeront avec les propriétaires les baux à ferme des maisons d’école. Comme ces baux seront soumis à son approbation, M. le Préfet ne les approuvera qu’autant que les maisons louées seront convenables.


Mobilier de classe

Sur le rapport du matériel de classe, les écoles publiques de garçons et mixtes de l’arrondissement de Tulle, sont en général mieux pourvues qu’en ce qui concerne les locaux affectés à la tenue des classes. S’il en est ainsi, c’est que les communes ont pu faire l’acquisition d’un mobilier à l’aide des subventions qui leur ont été accordées sur les fonds départementaux ou sur les fonds de l’État. Le mobilier d’une école de garçons et celui d’une école mixte sont la propriété des instituteurs qui les dirigent. Le matériel de classe des 126 autres écoles publiques de garçons et mixtes appartient aux communes. Dans 66 écoles, le mobilier est suffisant et dans 60 il n’est pas convenable. [...]

Personnel enseignant

Les 128 écoles publiques de garçons et mixtes que compte l’arrondissement de Tulle sont dirigées par des instituteurs au nombre de 113 dont 3 appartiennent à des corporations religieuses et 110 autres sont laïques et par 15 institutrices. [...]

Le zèle, la capacité, l’exactitude, les succès obtenus dans la direction d’une école ne sont pas que les seules qualités que la société entend avec raison trouver dans un instituteur. Il faut surtout qu’il soit un homme d’ordre, et que par sa conduite, par sa moralité, par ses principes religieux il soit le modèle des enfants confiés à ses soins. [...] Ils s’abstiennent de fréquenter les cabarets, et de se trouver dans des réunions bruyantes incompatibles du reste avec la gravité du caractère que doivent avoir les précepteurs de l’enfance. Ils s’abstiennent également d’intervertir les jours de classe pour vaquer à leurs affaires personnelles. Au point de vue religieux, les instituteurs montrent en général de bonnes dispositions. [...]

Ils ont compris que le meilleur moyen de porter les enfants à pratiquer ce qui leur est enseigné dans la classe c’est de le pratiquer eux-mêmes et qu’il ne doit pas y avoir de contradiction entre les leçons de l’école et la manière d’agir du maître. La surveillance établie par la Loi du 15 mars 1850 a porté ses fruits. Il ne reste plus dans l’esprit des instituteurs aucune trace des funestes doctrines que quelques-uns d’entre eux avaient embrassées à la suite des commotions qui ont agité le pays. [...] Les relations des instituteurs avec les autorités préposées à la surveillance de l’enseignement sont bonnes. Ils sont remplis de déférence pour elles. C’est avec une respectueuse soumission qu’ils accueillent les observations qui leur sont faites sur la manière dont ils dirigent leur classe. [...]

La plus grande partie des instituteurs ont une capacité suffisante. [...] L’étude à laquelle il est à désirer qu’ils se livrent avec le plus de soin est celle de la pédagogie. Que sert-il à un maître de savoir beaucoup, s’il n’a pas le talent de transmettre à ses élèves les connaissances qu’il possède. Bien enseigner c’est le talent que tout instituteur qui a à cœur l’amour de son devoir, doit chercher à acquérir puisque de là dépendent les progrès de ses élèves. [...]

La plupart des instituteurs ne sont pas dans l’aisance ; ils n’ont guère d’autres ressources que celles que leur apporte le revenu de leur école. Si les maîtres qui dirigent les écoles des communes rurales étaient réduits au traitement fixe augmenté de la rétribution scolaire, leurs émoluments ne s’élèveraient pas en moyenne à 400 F. Pendant l’année scolaire 1853 - 1854, la rétribution scolaire a été nulle dans plusieurs communes à cause du grand nombre d’élèves gratuits. [...]

Observations sur la tenue des écoles,

sur le mode d’enseignement,

sur les méthodes et les procédés qui y sont employés

[...] Dans 50 écoles publiques, outre les matières obligatoires, il est enseigné quelques-unes des matières accessoires. La plupart du temps, cet enseignement est borné à des notions de géographie. Cependant, quelques instituteurs ont joint à cette étude, celle de l’histoire de France, enfin dans quatre écoles, les élèves les plus avancés reçoivent avec les notions d’histoire de France et de géographie, des leçons de dessin linéaire. Il est sans doute utile que les enfants, lorsqu’ils cessent de fréquenter l’école, possèdent des notions de géographie et connaissent les principaux faits de l’histoire nationale. Cette connaissance ne peut que leur donner une haute idée de notre pays et augmenter en eux, l’amour de la patrie. Toutefois, il est nécessaire, indispensable même que l’enseignement donné dans les écoles rurales en dehors des matières obligatoires se borne à des notions. Plus complet, il ne pourrait qu’entraver les progrès des élèves. [...]

A aucune époque, il n’a été fait en France d’aussi grands sacrifices en faveur de l’instruction primaire que depuis ces dernières années. Il est donc juste que les sacrifices que s’impose le gouvernement ne soient pas inutiles. Si les résultats obtenus dans l’arrondissement de Tulle, n’ont pas été aussi satisfaisants qu’on le désirerait, la mauvaise disposition des locaux affectés à la tenue des classes, le manque d’un matériel suffisant, des livres et des objets de bureau, le peu de temps que les enfants fréquentent les écoles et les absences fréquentes que font plusieurs d’entre eux, telles sont les principales causes qui empêchent d’atteindre le but que l’on se propose. [...]

S’il est utile que l’on développe l’intelligence des élèves, il est bien plus important que les instituteurs s’attachent à former leur cœur. Inspirer à l’enfant l’amour du travail, lui donner des habitudes d’ordre et de propreté, exciter en lui de bons sentiments, corriger les mauvais, reformer son caractère, lui apprendre à respecter l’autorité, en un mot en faire un homme selon Dieu et selon la société, telle la tâche qui est dévolue à l’instituteur. [...] Le plus souvent, les dictées qui sont données aux élèves contiennent des préceptes de morale ou de beaux traits d’histoire. Soit défaut d’habitude, soit manque de perspicacité, les instituteurs ne s’attachent peut-être pas assez à connaître le caractère de leurs élèves par là, ils se privent d’un moyen puissant de les diriger. [...]


Classes d’adultes

Outre l’école de géométrie de Tulle qui est un établissement départemental, l’arrondissement de Tulle ne compte qu’une seule école d’adultes qui est tenue par un instituteur libre. Six instituteurs publics ont aussi tenu une classe d’adultes pendant l’année scolaire 1853 - 1854. [...]

Dans le but de procurer les moyens de s’instruire à ceux qui n’avaient pu le faire dans leur jeunesse, M. le Recteur, en 1851 engagea les instituteurs à ouvrir une classe d’adultes à la seule condition qu’ils se feraient à cet effet autoriser par le délégué cantonal chargé de la surveillance de leur école. Depuis cette époque, plusieurs instituteurs désireux de répondre aux instructions de l’autorité supérieure ont réuni un certain nombre de jeunes gens pendant les longues soirées d’hiver, afin de leur enseigner quelques-unes des matières qui font l’objet du programme des écoles primaires. Les instituteurs publics dont j’ai parlé et l’instituteur libre ont réuni 83 adultes.


Autorités préposées à la surveillance des écoles

Le législateur de 1833, outre les comités d’arrondissement, avait créé pour la surveillance des écoles, des comités locaux dans chaque commune. Le législateur de 1850 a reconnu que dans l’intérêt de l’instruction primaire, il fallait une surveillance active. Il a donc confié au maire et au curé dans chaque localité, le soin de surveiller l’école. La nature de leurs fonctions les désignait naturellement à son choix. Hommes de la localité et intéressés à ce que l’école marche bien, ils peuvent puissamment contribuer à sa prospérité par les visites fréquentes et inspirées qu’ils peuvent y faire. Mais il faut le dire, ces visites n’ont pas lieu aussi souvent qu’on le désirerait. Soit qu’ils se considèrent comme peu aptes, ou qu’ils soient trop éloignés de l’école ou que leurs occupations les retiennent, plusieurs maires ne visitent point les écoles ou y font de rares et courtes apparitions. Les visites des curés sont généralement plus fréquentes que celles des maires. La surveillance qu’ils exercent soit sur le maître, soit sur les élèves est très efficace. Comme il importe beaucoup que la jeunesse soit convenablement élevée, le législateur a cru devoir multiplier les moyens de surveillance sur les écoles. C’est ainsi qu’outre les autorités locales, il y a des délégués choisis par le conseil départemental pour surveiller les écoles de chaque canton. Par leur instruction et leur position sociale, les délégués cantonaux ont sur leurs concitoyens une influence qu’ils peuvent faire servir au profit des écoles. Représentants du conseil départemental dans le canton, ils sont étrangers aux rivalités locales, ils peuvent par conséquent renseigner l’Administration mieux que qui que ce soit sur la considération dont jouissent les instituteurs et constater la bonne ou mauvaise influence qu’ils exercent sur leurs élèves. Leurs visites dans les écoles produisent toujours beaucoup de bien. [...]


Conclusion

[...] Si les résultats obtenus ne sont pas plus satisfaisants, cela vient :

_ 1. de ce que la plus grande partie des locaux affectés à la tenue des classes ne sont pas convenables

_ 2. dans beaucoup d’écoles le matériel de classe est insuffisant

_ 3. de ce que beaucoup de parents n’ont pas les ressources nécessaires pour fournir à leurs enfants les livres et les objets de bureau indispensables

_ 4. de l’éloignement des villages du chef-lieu et de l’indifférence des familles

Afin d’obvier aux inconvénients que nous venons de signaler, nous pensons qu’il conviendrait que les communes qui ont des fonds disponibles fissent avec l’aide du gouvernement, construire des maisons d’école et que les baux des maisons en location avant d’être approuvés par M. le Préfet nous fussent communiqués afin que nous puissions fournir notre avis. Mettre à la disposition de M. le Préfet une certaine somme pour secourir les communes dont le matériel de classe est insuffisant ou en mauvais état. Allouer une certaine somme pour l’acquisition de livres et objets de bureau qui seraient donnés aux élèves indigents. Créer une deuxième école pour les villages trop éloignés du chef-lieu de la commune ou du bourg des communes voisines.


Sources : Archives départementales


IV-                                                                    Quelques statistiques






                                                                                       


V-                    École d'Eyburie - Fiche d'inspection du 8 décembre 1853



«Ecole assez bonne.

 Instituteur assez capable, ne manquant pas d’intelligence et dirigeant assez bien son école.

 J’ai été satisfait des réponses des élèves sur l’instruction religieuse. Les élèves qui composent la 1ère division lisent bien, les autres sont moins avancés. L’écriture laisse à désirer, cette leçon doit être mieux donnée à l’avenir.

Cinq élèves font des devoirs, ils sont déjà assez avancés en orthographe, ils ne font pas mal l’analyse grammaticale.

Les autorités locales m’ont donné des renseignements satisfaisants sur la conduite et le zèle de l’instituteur.

Le Sieur Bizage conduit régulièrement les élèves aux offices. M. le Curé se plaint qu’il ne pratique pas.

Cet instituteur est en pension dans une auberge, ce qui ne convient pas, je lui ai défendu désormais d’aller dans cette maison prendre ses repas.

Le mobilier est en bon état et assez complet. Il a été accordé sur les fonds départementaux une somme de 20 francs à la commune d’Eyburie pour l’acquisition d’une estrade. Cette somme n’a pas été encore employée, mais l’on confectionne cette estrade en ce moment.

La salle de classe est bien éclairée et bien aérée, elle est suffisante pour le nombre des élèves, mais il faut passer dans la cuisine de l’instituteur pour arriver dans cette pièce.

Il n’y a pas d’autre local à affermer au village de Sagne qui se compose de quatre maisons. »



Sources: Archives départementales - Les conclusions de l'inspecteur  se trouvent au dos de la fiche d'inspection.



VI -                                              12 ans après la promulgation de la loi Falloux
                                     Inspection de l'École d'Eyburie du 4 novembre 1862
 


    

DÉPARTEMENT DE LA CORRÈZE

 ARRONDISSEMENT 
Tulle                                     

CANTON
Uzerche                                             

 COMMUNE  
Eyburie                                              

 
RAPPORT DE L’INSPECTEUR PRIMAIRE

Sur l’école des deux sexes

Visitée le 4 novembre 1862

 

 

Nom du chef de l’établissement : B... Jean

Etat civil : Marié                                Âge : 34 ans

Années de service : 11, pas de récompense honorifique

 Population de la commune : 1 362 habitants

 Nombre des élèves :
                        Inscrits 35 : garçons 27 ; filles 8
                        Présents 30 : garçons 26 ; filles 4

 Produit total de l’école : 600            Secrétariat : 60  Total : 660
moyennant une subvention de 267,88 dont 219,50 de rétribution scolaire

      

      1° Tous les registres sont-ils régulièrement tenus ? Tenue générale de la classe. — Propreté — Discipline.

    Le registre matricule est en ordre et bien tenu. Il en est de même de celui qui sert à l’inscription des engagements de parents qui ont adopté le système de l’abonnement pour le paiement de la rétribution scolaire. La tenue de ces deux registres témoigne des habitudes d’ordre et de régularité de l’instituteur. [...]

    La tenue générale de la classe est satisfaisante et témoigne de l’ascendant que le maître exerce sur ses élèves : là, réside le principe de la discipline douce, facile et exacte de l’école.

     
     2° Enseignement. — Classification des élèves. — Capacité et zèle de l’instituteur. — Résultats obtenus.

Les élèves sont répartis en 5 divisions que le maître réduira à 3 d’après les instructions qu’il a reçues touchant l’organisation régulière des écoles.

 Le nombre des élèves rentrés 10 est une trop faible partie de la population de l’école pour permettre une appréciation tant soit peu exacte de l’état de l’enseignement, d’autant plus que ces élèves sont les plus jeunes et les moins avancés. Mais, en faisant fonctionner l’instituteur en ma présence, j’ai constaté que sa méthode est purement technique et que son enseignement a pour but exclusif ce que l’on désigne ordinairement sous le nom de lecture, d’écriture, de calcul, de grammaire et qui n’a aucune influence sur le développement de l’âme.

En passant en revue les diverses matières comprises dans la partie obligatoire, on trouve les résultats suivants :
 Les prières communes et le catéchisme du diocèse sont bien sus et récités assez convenablement, en général. Deux élèves seulement apprennent l’Évangile de chaque dimanche et l’Histoire Sainte (paragraphe 2 et 3 de l’article 17 du règlement adopté pour les écoles de la Corrèze). Mais l’Histoire Sainte n’est pas enseignée sous forme de récit, ainsi que le demande la circulaire du 20 août 1857.

Aucun élève de la 1ère division de lecture n’est rentré. 3 des élèves de la 2ème division énoncent assez facilement les sections de phrase ; mais ils ne lisent pas assez distinctement ; leur ton est un peu affecté et leur accent désagréable ; enfin, on ne les habitue pas à se rendre compte de ce qu’ils lisent, en leur expliquant le sens des phrases, la signification des mots. 4 élèves appartenant à la 3ème division ne peuvent encore que syllaber assez péniblement : on ne veille pas assez à leur faire acquérir une prononciation correcte. Les autres élèves apprennent à lire dans la méthode par M. Dupont, dite “litolégie, nouveau maître de lecture” que l’instituteur applique assez bien au point de vue technique.     

En écriture, on n’emploie pas de méthode pratique : on en est encore à la vieille routine consistant à tracer en tête de chaque page une ligne quelconque, traduisant ou non une pensée complète. Parmi les modèles défectueux, j’ai relevé les suivants, que je transcris littéralement : “Il faut savoir que dans le courant” — “Après cette semaine, nous allumerons” — “Le temps de la jeunesse pas comme” - “Ces enfants ne sont pas ce que je” — “Si vous voulez venir faîtes me le sa” etc.

Les cahiers sont propres, mais certains textes copiés sont incorrects.

Les 2 premiers élèves présents exécutent assez couramment les 4 règles et on les exerce à les appliquer aux questions usuelles : ils opèrent assez bien, mais ils sont encore peu habitués à raisonner : les problèmes ne sont pas assez variés, ni assez heureusement choisis pour exciter et soutenir l’intérêt des élèves. 1 élève commence à faire la multiplication, mais il a peu l’intelligence des questions usuelles qu’on lui propose comme application des 3 premières règles. Les autres élèves ne savent presque encore rien en calcul.

 Aucun des élèves du 1er cours de français n’est rentré. 3 des élèves présents ont vu la première partie de l’abrégé de grammaire par Noël (?), on se borne à leur en faire apprendre et réciter le texte sans les exercer à l’application des règles.

 
      3° Moralité et tenue de l’instituteur.- Ses rapports avec les autorités et les familles.- Considération dont il jouit.

 L’instituteur est irréprochable et même digne d’éloges sous le rapport de la moralité, de la conduite, de la tenue. Ses relations avec les autorités locales sont bonnes, mais il paraît avoir peu de confiance dans les bonnes dispositions que lui témoigne extérieurement M. le maire. Je regrette de n’avoir pu voir le magistrat appelé avec tous les maires du canton, au chef-lieu pour un travail administratif. M. l’adjoint s’est trouvé lui-même indisposé au point d’être obligé de garder la chambre. La population de la commune d’Eyburie ne paraît pas animée d’un bon esprit si j’en juge d’après les renseignements qui m’ont été donnés et desquels il résulterait que les parents soutiennent leurs enfants dans leurs torts même à l’égard de l’instituteur.

     
      État matériel de l’école et de ses dépendances. Indication des réparations urgentes et mesures à prendre. — État de la bibliothèque et des archives de l’école. — Tenue du jardin.

 Le local affecté au service de l’instruction primaire est affermé moyennant 120 F par an ; le bail expire le 1er mai 1863.

 La maison est isolée, mais une partie seulement sert à la tenue de l’école et au logement de l’instituteur. Le propriétaire occupe le reste. Il a avec lui son gendre, maréchal dont la forge est à côté de la salle de classe.

Cette salle est au rez-de-chaussée et planchéiée (?). Pour y arriver, on traverse une pièce qui servait autrefois d’écurie et qui, aujourd’hui, est une dépendance du logement de l’instituteur, situé au 1er étage et assez peu convenable. La salle d’école reçoit l’air et la lumière de deux fenêtres de 1 m de largeur sur 1,50 m de hauteur dont l’une à l’est s’ouvre sur la route d’Objat à Eymoutiers, et l’autre à l’ouest donne sur un verger, dont une partie est à l’usage de l’instituteur. Cette salle a 6,5 m de longueur sur 4,5 m de largeur et 3 m  de hauteur.

       La commune possède un terrain spacieux et parfaitement bien situé pour construire une maison d’école répondant judicieusement à toutes les prescriptions réglementaires. Elle peut très facilement, avec un secours de l’état dans les proportions ordinaires, réaliser cette importante amélioration. 

   

Observations et conclusions.

 L’instituteur sait conserver sa dignité ; il est assez capable, mais comme tous ses collègues peu initié à la science pédagogique. Son école est en voie de prospérité.

                                                                                                        L’inspecteur de l’enseignement primaire


                                                                                                                                                                                  Sources : Archives départementales - (les ? remplacent les mots illisibles)

                                                                             Documents recueillis par Annie Fadernat

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