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LES PREMIERS PAS DE L’ÉCOLE PUBLIQUE À SAINT-MEXANT

 

                         PREMIÈRE PARTIE - 1841: FAUX DÉPART

 

           Après la promulgation de la loi Guizot (1833), le Conseil municipal de Saint-Mexant procède tous les ans au vote de l’imposition obligatoire destinée à subvenir aux frais de logement et de traitement de l’instituteur, bien que cette imposition soit pourtant sans objet, aucune école n’existant alors dans la commune.

           Conscient de cette contradiction, le dit conseil, au cours de sa séance du 20 Mai 1838, porte son attention sur « l’établissement de l’école primaire et sur les moyens que la commune pourrait mettre en usage pour se procurer une maison propre à loger l’instituteur. Il a été unanimement reconnu qu’il n’existait aucune maison convenable que l’on put prendre à titre de loyer et qu’il ne restait d’autre voie que la construction ou l’achat ».

           Le 30 Juillet suivant, le préfet de la Corrèze donne suite à cette délibération, en faisant remarquer que les maisons particulières conviennent rarement à l’usage de maison d’école, et  qu’il lui semble donc « préférable d’en faire construire une qui renfermerait en même temps une salle de mairie ». Par le même courrier, il informe le maire qu’il charge l’architecte-voyer d’étudier ce projet sans retard.

           Le point de vue du préfet ne paraît pas avoir été partagé par les élus locaux puisque, un peu plus d’un an plus tard, le 9 Novembre 1839, le Conseil municipal opte pour l’option de l’achat d’une maison particulière, quitte à devoir y effectuer les travaux d’aménagement nécessaires, et demande à cet effet au préfet l’envoi de l’architecte de l’arrondissement. Curieusement, dans une correspondance datée du 20 du même mois, le préfet semble ignorer la position du conseil municipal : il continue à parler de construction et invite le maire à en dresser le projet.

           Le 17 Mai 1840, le Conseil municipal demande au préfet de « bien vouloir envoyer sur les lieux l’architecte de l’arrondissement afin d’examiner ce qu’il y aurait à faire pour loger l’instituteur et faire un devis de la somme à laquelle s’élèverait la dépense pour la construction ou la réparation d’une maison d’école ». Le préfet semble ne pas avoir retenu l’alternative « réparation » puisque, le 10 Juin suivant, il demande à l’architecte de se rendre sur les lieux pour dresser un avant-projet de « construction » d’une maison d’école. Il doit relancer l’architecte à plusieurs reprises pour obtenir cet avant-projet, qu’il reçoit enfin au début de l’année 1841, bien que daté du 12 Janvier 1840 ( !), et transmet au maire de Saint-Mexant le 29 Janvier (document annexé). Le 23 Mars, le Conseil municipal, s’occupe « séance tenante, de se procurer un emplacement propre à la construction et s’arrête à un terrain appartenant à M.Terrieu qui consent à le céder » : l’Inspecteur des écoles primaires, présent sur les lieux, considère que ce terrain remplit les conditions.

 



          Le chiffrage de l’avant-projet, englobant maison d’école et salle de mairie, s’élève à 5000 francs. La commune dispose d’une somme de 662 francs constituée, à partir de 1833, par les impositions annuelles résultant de l’application de la loi Guizot, et restée sans emploi. Le préfet s’engage à obtenir une subvention égale au tiers de la dépense et demande à la commune de procéder à une « imposition extraordinaire » pour compléter la somme.

           Le 9 Mai 1841, le Conseil municipal et un nombre égal de représentants des contribuables les plus imposés de la commune sont réunis dans le but de délibérer sur les moyens qui seraient jugés les plus convenables pour se procurer les fonds complémentaires nécessaires au financement du projet. Trois questions sont soumises aux délibérants : « 1e : convient-il d’établir une imposition extraordinaire sur la commune? 2e : quel est le taux de cette imposition ? 3e : pour combien d’années sera-t-elle établie ? » La première question recevant une réponse négative, le projet est abandonné.

           S’en suivent aussitôt plusieurs échanges un peu acides entre le préfet et le maire. Le préfet s’étonne des votes contradictoires du Conseil municipal entre sa séance du 17 Mai 1840 et celle du 9 Mai 1841 : le maire lui répond, d’une part que de telles contradictions se produisent dans de plus hautes assemblées, parfois au cours d’une même séance, d’autre part que la présence de représentants des contribuables les plus imposés a certainement modifié la façon de voir des délibérants. Le préfet insinue alors que, « si au lieu de : convient-il d’établir une imposition extraordinaire sur la commune, on avait dit : y a-t-il utilité pour la commune à construire une maison d’école contenant une salle de mairie », la question aurait été résolue affirmativement. Le maire conteste les frais de l’architecte, prétextant que lorsque ce dernier s’était déplacé à Saint-Mexant, il l’avait fait pour des travaux à effectuer à la maison du dit maire, et en aucun cas pour établir un projet d’école (il est vrai que la date de réalisation de l’avant projet, précédant de quatre mois la demande du conseil municipal du 17 Mai 1840, interpelle : ne s’agirait-t-il pas d’un plan type ?)… !

         Quoi qu’il en soit, l’école ne sera plus à l’ordre du jour des séances du Conseil municipal durant plusieurs années. Par contre, quand, trois ans plus tard, le presbytère est détruit par un incendie, sa reconstruction, financée avec une « imposition extraordinaire », est décidée sans discussion, quand bien même le devis en soit estimé « élevé », et il est même demandé que la procédure de cette imposition extraordinaire soit accélérée !    

            


                                                         DEUXIÈME PARTIE : DE 1849 À 1884, UTILISATION DE MAISONS DE PARTICULIERS

 

                                                     L’ÉCOLE DU MONTEIL

 

     Le 8 Avril 1849, le conseil municipal prend connaissance d’un courrier du sieur Druliolles Victor, instituteur breveté, qui sollicite l’autorisation de s’établir dans la commune en qualité d’instituteur communal. De plus, alors que la commune n’a pas les moyens de se procurer un bâtiment propre à servir de maison d’école, le dit Victor Druliolles possède, au hameau du Monteil, situé à quelques hectomètres du bourg, une maison qui peut convenir à cet effet. Le comité local d’agrément émet alors un avis favorable, et le conseil municipal  « approuve à l’unanimité la demande du sieur Druliolles et supplie Monsieur le Préfet de donner son assentiment à cette proposition ». Le préfet donne son accord et le conseil municipal vote une somme de 200 francs destinée à l’achat de mobilier scolaire.

     C’est donc au hameau du Monteil, dans la maison personnelle de l’instituteur, que s’ins-talle la première école publique de Saint-Mexant. En plus de son traitement d’instituteur, celui-ci perçoit une indemnité logement pour l’utilisation de sa maison. En 1855, un bail, stipulant un loyer annuel de 100 francs, est passé entre la commune et l’instituteur pour cette utilisation. Partant d’assez bas (quinze garçons en 1850, dont quatre admis gratuitement), les effectifs grimpent lentement (vingt-et-un garçons, dont douze admis gratuitement, et trois filles, dont une admise gratuitement, en 1856, soit environ 15 à 18% des enfants en âge d’être scolarisés).

 

                                        LES PREMIÈRES ÉCOLES DU BOURG

 

      En 1858, un bail est signé entre la commune et « le sieur Mouzat Pierre, pour la location pendant 9 ans et à raison de 100 francs par an d’une portion de bâtiment destinée à la salle d’école et au logement de l’instituteur communal ». Ce bâtiment, situé dans le bourg, avait un peu plus tôt provisoirement servi de logement au curé de la paroisse après l’incendie du presbytère en 1844.

       L’école s’y installe aussitôt. Parallèlement, et pour pousser à la fréquentation scolaire, le Conseil municipal décide de ramener la contribution des familles de 1,25 franc à 1 franc par mois et par enfant, et d’admettre certains élèves gratuitement. Néanmoins, dans un rapport rédigé le 31 Décembre 1863, l’instituteur, Monsieur Guillemy, fait état de la présence, qui plus est irrégulière, de seulement dix-sept enfants sur soixante et un scolarisables, soit moins de 28%. Selon ce rapport, parmi les quarante-quatre « absents », dix-neuf le sont en raison des ressources insuffisantes de leurs familles, dix-sept par indifférence de leurs parents, et huit à cause de l’éloignement de leur habitation. Le rapport ajoute que, chez tous ces absents, la langue pratiquée reste le « patois », et mentionne qu’il manque une estrade, un tableau noir, un banc, ainsi que le buste du souverain, et que rien n’est prévu au budget communal pour combler ces manques.

       Quelques années plus tard, le propriétaire fait savoir qu’il n’acceptera pas de reconduire le bail à l’expiration de celui-ci. Aussi, en Mai 1866, le conseil municipal se penche sur la question de l’école et écrit à cet effet au préfet le 20 Juin. Le 9 Juillet, l’inspecteur primaire se déplace à Saint-Mexant pour visiter deux immeubles que la commune se propose d’acquérir afin d’y établir l’école, l’un appartenant à une dame Laval, le second aux sieurs Mouzat : l’inspecteur estime que, sous réserve que des travaux d’accommodation assez considérables y soient effectués, l’un comme l’autre peuvent être appropriés à la destination projetée, mais donne toutefois la préférence au second, situé en deçà de l’église, près de la route de Saint-Germain-les-Vergnes (plan de situation annexé). Le 5 Octobre 1867, par sous-seing privé, promesse de vente à la commune est faite par les sieurs Mouzat, pour la somme de 2700 francs, avec prise de propriété le 25 Décembre 1868. Le conseil municipal approuve cette acquisition au cours de sa séance du 12 Janvier 1868, puis vote l’imposition extraordinaire nécessaire le 3 Septembre suivant.

 


        Et, sans que les travaux « d’accommodation » aient été réalisés, les cours, ouverts d’abord aux seuls garçons, démarrent. Selon un rapport de l’Inspecteur primaire, daté du 10 Avril 1870, les conditions de travail pour les élèves sont loin d’être satisfaisantes puisqu’il demande que des « pressions salutaires soient exercées par l’administration supérieure sur le maire pour l’amener à procurer aux écoles une installation convenable ». Une partie des indispensables travaux est effectuée en 1871 et 1872, mais le mobilier et le matériel scolaires continuent à être insuffisant. Fin 1883, après la construction de la nouvelle école, la commune entamera les démarches de revente de ce bâtiment qui aura donc servi d’école durant près d’une quinzaine d’années.

       Et les filles ? La loi du 10 Avril 1867 fait obligation aux communes de créer une école spécifique pour elles. A Saint-Mexant, l’école des garçons accepte bientôt d’accueillir aussi les filles, et une « directrice des travaux d’aiguilles » est adjointe à l’instituteur. En 1874, des démarches sont effectuées pour choisir une institutrice et ouvrir une école spécifique pour les filles, mais ce n’est qu’en 1879 que cette école ouvre ses portes, dans des locaux loués à Madame Brugeau, à compter du 15 Février 1879 et jusqu’au 15 Février 1882, moyennant 200 francs par an (cette maison, qui servira de presbytère à partir de Mars 1907, par suite de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, deviendra le siège de la mairie un peu avant 1980).

       Pour l’école des garçons comme pour celle des filles, il n’est toujours pas question de gratuité de l’enseignement : saisi sur ce point en 1878, le Conseil municipal décide qu’il n’y a « pas lieu pour le moment d’imposer extraordinairement la commune pour établir la gratuité absolue dans les écoles primaires ».

            


   TROISIÈME PARTIE - 1879-1884 : CONSTRUCTION DE LA MAISON D’ÉCOLE

 

           Considérant les insuffisances des locaux actuels de l’école de garçons et l’échéance de 1882 de la location de l’école de filles, et se référant à la loi du 1e Juin 1878 faisant obligation aux communes de construire une maison d’école tout en leur proposant à cet effet des conditions d’emprunt avantageuses, le Conseil municipal de Saint-Mexant, au cours de ses séances du 27 Mai et du 18 Août 1879, décide d’effectuer les démarches en vue de la construction d’une maison d’école appropriée.

          Fin 1879, la procédure d’acquisition de deux parcelles de terrain contiguës, sises au bourg, est entamée auprès des époux Pascal et Mouzat. De plus, quelques ares de terrain sont échangés entre la commune et le sieur Simonot. Il est décidé que les constructions existantes sur les parcelles ainsi acquises seront démolies et les matériaux récupérés et vendus.

         Le 16 Février 1880, le Conseil municipal examine les plans et devis de la construction dressés par l’architecte départemental (plan de situation annexé). L’achat des terrains revient à 3000 francs, les travaux s’élèvent à 25558 francs : le coût total de l’opération se monte donc à 28558 francs. Il décide à l’unanimité d’emprunter 7000 francs à la Caisse des Ecoles, au taux de 5%, remboursables sur trente-et-un ans. Mais la loi du 3 Juillet 1880 vient apporter des conditions plus favorables et, sans changer le montant des remboursements, la commune peut emprunter 8750 francs au lieu de 7000 francs, au taux de 4%, remboursables sur trente ans.    

 


        Le plan de financement est en conséquence établi en équilibre comme suit : 18000 francs de subvention d’état, 8750 francs empruntés, 1158 francs pris sur les fonds commu-naux disponibles, 550 francs provenant de la vente des matériaux récupérés à la suite de la démolition des maisons se trouvant sur les terrains achetés, et 100 francs de subvention du département. Le 10 Septembre 1880, le préfet effectue les démarches nécessaires auprès de l’État, en indiquant que la commune a voté la gratuité absolue de l’école et que le nombre d’élèves y est en croissance continue. Et le 24 Décembre 1880, le financement étant assuré, il autorise, par un arrêté, la mise en adjudication des travaux.

        Cette adjudication se tient à la préfecture le 27 Avril 1881 .Trois entreprises se positionnent : l’entreprise Bourdelle, de Tulle, qui s’aligne sur le devis initial dressé par l’architecte, l’entreprise Besse, de Dampniat, qui propose un rabais de 3,5%, l’entreprise Barbier-Orluc, de Gros-Chastang, qui va jusqu’à un abattement de 5% : c’est cette dernière qui emporte le chantier. 

      Les travaux s’engagent assez vite mais, dès l’été 1882, il apparaît, d’une part que le devis initial sera dépassé, d’autre part que des travaux indispensables n’ont pas été prévus, et qu’enfin il faut acquérir un lopin de terre supplémentaire pour y construire des latrines ! Le coût de ces imprévus se monte à 7441 francs. Le Conseil municipal décide de procéder à un second emprunt, de 1000 francs, et sollicite l’état pour un secours de 6441 francs. Le préfet et le Conseil départemental appuient cette sollicitation, en vain : le ministre répond que c’est à la commune de réaliser les fonds manquants. La commune obtempère en partie, afin de régler le dépassement de devis et quelques autres urgences. Mais certains travaux, comme par exemple la construction des latrines, qui sera réalisée près d’une dizaine d’années plus tard, ou celle du mur séparant les cours de récréation de la route, réalisée en 1890, ne peuvent être financés et sont reportés.

           Une première vérification des travaux a lieu le 30 Novembre 1882, et la réception définitive est effectuée le 15 Septembre 1884. L’ensemble se compose d’un bâtiment central, avec salle de mairie au rez-de-chaussée et logement de l’instituteur à l’étage, et de deux salles de classe, une pour les garçons, une pour les filles, d’une capacité totale de 136 places, donc de 78 places par classe ! En raison d’une fréquentation considérablement accrue depuis le vote de la loi Ferry, portant gratuité et obligation scolaires (en 1884, en moyenne, 60 garçons et 50 filles), mobilier et matériel scolaires de la nouvelle école s’avèrent être en quantité insuffisante : ainsi, en 1891, il manque un tableau noir, le pupitre de la maîtresse, une table avec banc, une méthode de lecture pour chacune des deux classes, deux douzaines et demie d’encriers…     

  

QUATRIÈME PARTIE - 1907-1909 : AUTRES ÉCOLES

 

          Le 24 Février 1907, le Conseil municipal, « considérant que l’instruction s’impose de plus en plus, qu’elle est à la base de tous progrès sociaux », que le nombre important des enfants qui fréquentent l’école ne permet pas aux maîtres d’œuvrer dans de bonnes conditions, décide l’ouverture d’une classe enfantine et « affecte à cet effet le bâtiment du presbytère », rendu disponible par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les travaux d’aménagement, d’un coût de 2000 francs, reçoivent une subvention de 1120 francs et sont exécutés fin 1909.

           Lors de cette même séance du 24 Février 1907, un des conseillers, Monsieur Rioux, demande la création d’une école de hameau au Verdier. Le Conseil municipal, « considérant que bon nombre d’enfants des villages du haut de la commune se trouvent trop éloignés du chef-lieu pour favoriser une fréquentation régulière, surtout pendant la mauvaise saison », approuve la proposition de Monsieur Rioux et engage les démarches nécessaires. Le 15 Novembre 1908, le conseil municipal réitère sa demande, en affirmant que, dès son ouverture, cette école accueillerait de 50 à 60 enfants, sans pour autant amputer de beaucoup le nombre des élèves fréquentant les écoles du bourg. L’ouverture a lieu le 1e Octobre 1909, dans une maison particulière louée à la famille Bouysse.

Raymond Quéraux  ( janvier 2010)

Saint Mexant est une commune de Tulle campagne nord